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L'estran

2021

Mélanie Dornier

Résidence au centre de création et de recherche des Fours à chaux


Il y a sur l’estran comme un paradoxe. Espace naturel aux limites floues, l’Homo Sapiens venu de cette matrice, en a fait un lieu de production. Il a inventé l’ostréiculture avec des limites territoriales et biologiques au profit d’un marché. Quelles histoires mystérieuses se fabriquent entre basse mer et mer haute ?

Confrontée a cette double identité d’une géographie qu’elle a circonscrite de la Pointe d’Agon au phare du Sénéquet dans la Manche, Mélanie Dornier a adopté pour ce projet, les deux procédés photographiques les plus éloignés, le photogramme et le numérique.

Insolant par contact un papier photosensible, elle a réalisé des empreintes d’algues. Une transformation de notre monde perceptif qui le rend mystérieux et familier comme cette matrice minérale et biologique qu’est l’estran. Une mise en forme qui désigne notre rapport contradictoire au vivant : nous en faisons partie mais pour le « re-connaître » nous devons passer par le biais de connaissances et de techniques, par une médiation.

On pense forcement au Pinceau de la nature de Talbot, l’inventeur anglais et malheureux de la photographie sur papier. En oubliant la naïveté du titre de ce premier livre de photographies, il nous reste la magie. Plonger une feuille de papier photosensible dans le révélateur est toujours un moment envoûtant et fragile : l’image apparaît.


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