RESIDENCE de recherche et de création
aux Fours à Chaux de Regnéville-sur-Mer - 2021

dispositif du Conseil Départemental de la Manche

Mélanie Dornier / Identité(s) de rivage

octobre 2021

L’estran et son double

 

Il y a sur l’estran comme un paradoxe. Espace naturel aux limites floues, l’Homo Sapiens venu de cette matrice, en a fait un lieu de production. Il a inventé l’ostréiculture avec des limites territoriales et biologiques au profit d’un marché. Quelles histoires mystérieuses se fabriquent entre basse mer et mer haute ?

Confrontée a cette double identité d’une géographie qu’elle a circonscrite de la Pointe d’Agon au phare du Sénéquet dans la Manche, Mélanie Dornier a adopté pour ce projet, les deux procédés photographiques les plus éloignés, le photogramme et le numérique.

 

Insolant par contact un papier photosensible, elle a réalisé des empreintes d’algues. Une transformation de notre monde perceptif qui le rend mystérieux et familier comme cette matrice minérale et biologique qu’est l’estran. Une mise en forme qui désigne notre rapport contradictoire au vivant : nous en faisons partie mais pour le « re-connaître » nous devons passer par le biais de connaissances et de techniques, par une médiation.

On pense forcement au Pinceau de la nature de Talbot, l’inventeur anglais et malheureux de la photographie sur papier. En oubliant la naïveté du titre de ce premier livre de photographies, il nous reste la magie. Plonger une feuille de papier photosensible dans le révélateur est toujours un moment envoûtant et fragile : l’image apparaît.

 

La pratique de la photographie s’est démocratisée de manière massive et mondialisée loin de la chère Nature de Talbot, grâce à l’industrie de la chimie, de la mécanique, de l’optique puis de l’électronique. Et pourtant, au bout de cette chaine, nous produisons toujours des images qui nous émeuvent. Par quel miracle ?

Pour photographier les activités des ostréiculteurs, Mélanie Dornier a fait le choix de la photographie numérique dans une approche documentaire. Cette mise en récit nous rappelle combien l’homme aime se raconter des histoires sur lui-même et son environnement. De ces récits, nous en faisons nos cultures.

Au cours de ses déambulations sur l’estran, Mélanie Dornier a su réunir une matière photographique qui révèle notre identité duale, à la fois naturelle et culturelle, fondement de la nature humaine.

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